

L’ALCAZAR Paris, un lieu mythique

Bien avant les nuits de l’ALCAZAR
L’histoire du 62, rue Mazarine commence plusieurs siècles avant l’apparition des premières plumes.
Au XVIIe siècle, l’endroit accueille un jeu de paume : un espace où l’on vient déjà se divertir, se rencontrer et se montrer.
Le bâtiment connaît ensuite une autre existence, liée à l’imprimerie et à la diffusion des idées.
Le spectacle n’est pas encore entré en scène, mais le lieu possède déjà ce qui marquera son identité : le mouvement, la sociabilité et une certaine effervescence parisienne.
Il faudra attendre le XXe siècle pour que cette histoire prenne une tournure plus nocturne. Et nettement plus flamboyante.

1968 : Jean-Marie Rivière réveille la rue Mazarine
En 1968, Jean-Marie Rivière ouvre les portes de l’ALCAZAR de Paris.
Comédien, metteur en scène et directeur de music-hall, il possède un sens instinctif de la fête.
Reconnaissable à ses costumes blancs, il ne se contente pas de produire des spectacles : il imagine des univers, compose des tableaux et fait de chaque soirée une expérience dont les clients deviennent eux-mêmes les acteurs.
Sous son impulsion, l’ALCAZAR s’affranchit des conventions du cabaret traditionnel. Les numéros mêlent chant, danse, humour, provocation et métamorphose.
Les costumes troublent les apparences. Les artistes jouent avec les identités et renversent les rôles.
Avec des revues comme Les Dessous de la nuit, Jean-Marie Rivière invente une autre manière de vivre le music-hall : plus libre, plus audacieuse et profondément ancrée dans son époque.
L’ALCAZAR ne ressemble alors à aucun autre lieu. Très vite, beaucoup chercheront à lui ressembler.


Marie-France, Dani et les figures de la nuit
L’ALCAZAR attire les personnalités déjà célèbres, mais il sait aussi en révéler de nouvelles.
En 1969, à seulement 18 ans, Marie-France rejoint le cabaret.
Entre humour et glamour, elle y façonne pendant près de quinze ans une silhouette singulière, notamment à travers son incarnation de Marilyn Monroe.
Chanteuse, actrice et figure avant-gardiste, elle devient l’un des visages les plus emblématiques de la maison.
À ses côtés, Dani impose une meneuse de revue androgyne, espiègle et profondément moderne. Sa coupe à la garçonne, son allure et son jeu séduisent le Tout-Paris.
D’autres artistes participent à ces années flamboyantes. Dalida monte notamment sur la scène de l’ALCAZAR dans le rôle de Sally Bowles, héroïne de Cabaret.
Le cinéma s’empare lui aussi du décor : en 1973, le réalisateur Rainer Werner Fassbinder y tourne plusieurs scènes du Monde sur le fil.
La maison n’accueille pas seulement son époque. Elle contribue à lui donner un visage.





De Paris à Las Vegas
La réputation de l’ALCAZAR dépasse bientôt les frontières de Saint-Germain-des-Prés.
En 1980, la maison traverse l’Atlantique. Artistes, costumes et décors rejoignent le Desert Inn de Las Vegas pour un spectacle exceptionnel.
Cette aventure confirme le rayonnement international d’un cabaret parisien dont l’esthétique, l’audace et le goût de la métamorphose ont inspiré bien d’autres scènes.
L’ALCAZAR appartient désormais à une certaine mythologie de la nuit : celle des lieux dont le nom suffit à faire apparaître les lumières, les silhouettes et les souvenirs.

Un lieu qui n’a jamais cessé de changer
À mesure que Paris évolue, l’ALCAZAR se réinvente.
En 1998, le designer britannique Sir Terence Conran transforme l’ancien cabaret en une grande brasserie contemporaine.
Sous la verrière de douze mètres, on continue de dîner, de se retrouver et de faire vivre la nuit, dans un décor désormais plus épuré.
En 2015, l’architecte d’intérieur Laura Gonzalez imagine une nouvelle métamorphose. Velours, paravents de bronze, art contemporain et végétation abondante redessinent la salle dans l’esprit d’un jardin suspendu.
Les décors changent. Les usages aussi. Mais l’ALCAZAR demeure un lieu où la table, l’architecture et la vie parisienne se rencontrent.


